LA BARBE ET L’HOMME MODERNE: UN POIL D’IDENTITÉ

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Poil par poil, toute la barbe viendra. – Proverbe russe

Comme plusieurs autres humains aux organes sexuels convexes, j’ai récemment décidé de mettre fin aux années de menton glabre et d’entreprendre la culture d’une belle barbe de champion. Je n’ai pas besoin de vous convaincre : la barbe est dans le vent. On peut se demander si cette recrudescence est un simple flafla temporaire ou bien un phénomène social plus profond. Comme je suis un sale intello amateur de ce genre d’exercice, je vais me permettre d’y réfléchir tout haut dans les prochaines lignes.

Il n’y a pas longtemps, toutes les joues que je croisais étaient tondues de près. Les publicités nous présentaient mille rasoirs à mille lames s’ajustant parfaitement aux vallonnements de nos faces pour nous donner ce lookpeachy et prépubère essentiel à toute éventualité de rapport sexuel. Les seules barbes qui poussaient dans l’imaginaire collectif étaient celles des vieux (grand schtroumf et père noël) et celles des méchants (pirates, Barbe bleue le violeur, presque tous les vilains mâles de Walt Disney, etc.) Force nous est de constater que tout a changé! Il est maintenant bien vu d’être poilu… du moins au visage. Que s’est-il passé, me demandez-vous? Afin de répondre à cette question, montons ensemble dans la DeLorean de…

…l’histoire très récente de la barbe

Au printemps 2003, lors d’une série de feu contre Boston, le CH effectue une remontée spectaculaire de trois matchs. La vieille superstition qu’est la « barbe des séries » refait alors surface. Conséquemment, plusieurs amateurs de hockey se rendent compte qu’ils sont beaux et plusieurs femmes tombent soudainement enceintes. Cette tradition est restée et revient à toutes les années où le Canadien préfère le hockey au golf. Si jamais on gagne la coupe un jour, je prévois un baby boom.

Toujours vers le milieu des années 2000, apparait le « Movember », une façon toute masculine de lever des fonds pour un problème tout masculin. La barbe n’y est pas au complet, mais, depuis, les moustaches frétillent joyeusement sous le vent automnal. Plusieurs hommes réalisent alors qu’à défaut d’être beaux, ils ont de l’attitude. De plus, pendant ce mois et pour une raison qui nous échappe toujours, les femmes ont souvent mal à la tête quand vient le temps d’aller au lit.

Mais le Movember et la barbe des séries sont des évènements ponctuels. Il a fallu attendre le début des années 2010 avant que la tendance suive ces mouvements sociaux. Les magnats de la mode, après avoir impunément décidé que les hommes allaient s’habiller en matelots, en indiens, en hawaïens, encore en matelots, en rockabillys puis en cowboys, ont finalement choisi de faire revivre le look bucheron. Plusieurs hipsters ont emboité le poil et la barbe est officiellement revenue à la mode (quand c’est dans le catalogue Simons, c’est officiel). Nos mères et nos matantes font maintenant beaucoup moins de commentaires désobligeants sur notre look lors des partys de famille et nous, ben se moque volontiers de Gillette.

Ce qui est intéressant, https://pharmacie-ed.net/Levitra.html c’est que les deux premières occasions de poiler(les séries et le Movember) sont toutes deux issues d’un désir de fraternité. On laisse pousser pour montrer notre appui, pour faire partie de la meute. On a tous entendu parler de « solidarité féminine », mais les gars n’ont jamais réellement eut d’équivalent. Je postule donc que la barbe est devenue le véhicule de cette solidarité et, par le fait même, le symbole d’une nouvelle identité masculine.

Mais pourquoi une nouvelle identité?

C’est une histoire bien connue: avant le mouvement féministe, l’homme travaillait et ramenait les sous au foyer. C’était le « provider », le chef de famille. Depuis, le monde a beaucoup changé, et c’est tant mieux! Par contre, une fois perdue l’exclusivité de ces rôles, le pauvre mâle est lui-aussi un peu perdu.

Que lui reste-t-il? Il n’a plus de modèle, plus de héro. Il ne veut pas être un macho, mais ne veut pas nécessairement se métamorphoser en homme-rose aux polos pastel, en métrosexuel au pubis aussi bien rasé que sa face ou en un de ces éternels adolescents que nous pitche généreusement la culture populaire. Comment s’identifier à la figure cheapette de tata heureux que nous servent les téléséries et les comédies romantiques, ce tarla sympathique incapable de s’engager avec la belle femme forte et intelligente, mais qui finit toujours par revenir s’excuser et frencher à la fin? On voit toujours l’ado, mais après le générique, y reste quoi, man?

Côté identitaire, on était baisés!

Cette situation ne pouvait pas durer éternellement! Vient la barbe: qu’elle soit une mâle barbe des séries, un movember louche ou un style assumé, elle reste un symbole fort, une riposte à toutes les caricatures. Elle est notre fourrure d’animal sauvage, notre hache de bucheron, notre buisson ardent et notre toison de capitaine, notre trophée de chasse ou notre drakkar viking. La barbe, c’est notre cache-cou intégré, mais, surtout, c’est notre point en commun, notre distinction masculine qui dit en haut ce qui se cache plus bas… et elle le fait avec fierté, fraternité et solidarité. Elle est une affaire d’identité, de maturité : les ados souffrent d’une molle en duvet, les hommes portent la Barbe. Pas étonnant, donc, que de plus en plus de nos frères l’arborent fièrement (et que de drôles d’énergumènes motivés y dédient même un site web…)

Je termine donc en affirmant que la barbe est un symbole nécessaire à l’avenir d’une masculinité forte, positive et en santé. Son retour, après les glabres années de recherche de sens et de redéfinition, doit être accueilli à bras poilus et grands ouverts. Laissons-la pousser sur nos visages comme sur nos cœurs et assumons-nous pour ce que nous sommes : des hommes matures, brillants, drôles et forts.

Les gars, continuons à combler les trous identitaires avec du poil! Longue vie à la barbe, longue barbe à la vie!

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